Samedi 26 octobre --> 21h


 

 

Loïc Connanski

Performance

dans

Ceci est la vérité, parce qu’on l’a fait /
Parce qu’on l’a fait, c’est la vérité

Opéra performé

Tout ce que vous voulez savoir sur Marcel Duchamp et ce que vous en pensez...
En invoquant dans cette conférence-performance la figure paternelle de l’art contemporain, Marcel Duchamp, Loïc Connanski se met (encore) en situation burlesque, tel un inculte qui se poserait naïvement la question de la définition de l’œuvre d’art, pour tenter de trouver le mode d’emploi pour devenir artiste. Son travail est basé sur une esthétique qui se réclame de l’idiotie et s’assume comme telle, proche de McCarthy ou Vito Acconci, l’implication de son œuvre peut-être rattachée à la théorie d’Adorno qui définit l’art comme une force subversive.

 

Autres intervenant de Ceci est la vérité...
Caroline Barc, Loïc Connanski, Pascale Gustin, Magali Halter, Gio Black Peter, Laurent Prexl, NEN, Irène Bousquet et les persifleurs Fréderic Lecomte, Yann Perol et Sarah Venturi

 

 

Loïc Connanski

Loic Connanski est un perturbateur issu de l’univers de la télévision, c’est par une technique d’auto-filmage proche du travail de Nelson Sullivan (le père de cette technique mort à New York en 1989) qu’il s’exprime. L’œuvre de Connanski s’élabore en un questionnement de tous les aspects du champs de l’art : de la réalisation de l’œuvre au vernissage de l’exposition, en passant par le collectionneur et le commissaire, Loïc Connanski propose un démontage en règle de tous les codes en vigueur. Il intervient à la manière d’un reporter dans les galeries ou les musées pour réaliser de fausses interviews qui sont pour lui l’occasion de tourner en dérision les différents protagonistes sollicités.
Connanski pratique le détournement des références de l’art telle que Guy Debord ou Lautréamont, il se met en situation burlesque d’un inculte qui se poserait naïvement la question de la définition de l’œuvre d’art, pour tenter de trouver le mode d’emploi pour devenir artiste. Le travail de Loïc est basé sur une esthétique qui se réclame de l’idiotie et s’assume comme telle, proche de Mc Carthy ou Vito Acconci, l’implication de son œuvre peut-être rattachée à la théorie d’Adorno qui définit l’art comme une force subversive. Les vidéos de Loïc Connanski illustrent parfaitement les propos de cet auteur sur ce à quoi l’art se résume : « ce qui est nouveau, ce n’est pas que l’art est une marchandise, mais qu’aujourd’hui, il se reconnaisse délibérément comme tel» [1] et posent la question de la possibilité d’un art de transgression détaché de la notion de sublime et de ses réalités économiques. Loïc Connanski se moque mais cette volonté de ratage et de dérision est également une possibilité de lutte contre l’arrogance de la supériorité intellectuelle affichée par le milieu de l’art. L’idiotie s’offre comme une possibilité de lecture du réel qui permet d’énoncer des vérités et de montrer de manière différente, l’idiotie est alors une puissance de création, elle ouvre à de nouveaux champs d’expérience. L’esthétique de l’infamie n’est pas gratuite et dans les vidéos de Loïc, elle relève de la performance, le travail de Loïc est basé sur le mot, la réplique, car les auto-filmages sont les enregistrements d’improvisations de l’artiste. La poésie émerge alors dans le travail de Loïc par cette capacité de répartie avec le mot juste, le cynisme se déploie avec force et s’impose comme méthode de dialogue.(…)
Loïc Connanski est un artiste postmoderne, l’ironie et la citation sont les principes de base de la postmodernité, l’effacement de la hiérarchie entre culture élitaire et populaire, l’absence de considération esthétique ou de composition, la volonté de se référer au présent et proche de soi sont également des éléments postmoderne. Par voie de conséquence l’œuvre de Connanski n’a que peu de réalité visuelle et l’œuvre émerge par une mise à distance et par une méthode qui ne se résume pas en une écriture télévisuelle, mais surpasse la forme pour s’instaurer perpétuellement en dé-définition de l’art et de l’artiste pour reprendre le titre d’un ouvrage de Harold Rosenberg, dans lequel il oppose à l’Art, « la manifestation politique comme une forme supérieure de création » [2]. Une œuvre militante qui permet de désacraliser l’Art et en ce sens à l’inverse de Jean-Marie Schaeffer, Loïc est « à la fois le prêtre du culte et l’ethnologue qui essaie de le comprendre » [3].
Texte de Yann Perol

 

[1] Theodor W. Adorno & Max Horkheimer, La dialectique de la raison
(Paris, Gallimard, coll. Tel, 1974), p.165
[2] Harold Rosenberg, La dé-définition de l’art, Nîmes,
éditions Jacqueline Chambon, p.209.
[3] Jean-Marie Schaeffer, L’art de l’âge moderne, Paris Gallimard, 1992, p.387.