Edito

frasq

rencontre de la performance

 

Lorsque l’on conçoit une rencontre de performance telle que frasq, la question se pose de la nécessité d’une articulation sensée qui permette de saisir au mieux les enjeux de la programmation.
Pourtant, quel sens y aurait-il à chercher à restreindre conceptuellement une forme aussi versatile et caméléonesque que la performance ? Celle-ci n’encourage-t-elle pas bien plutôt une articulation sensible, dont le sens est davantage une dérive qu’un prérequis ? Ce questionnement, sans doute à l’origine de frasq, est l’un des fils rouges de la programmation 2010, qui se déroule du 2 au 24 octobre 2010 au Générateur et dans les lieux associés à la rencontre.


Si le projet de frasq ne vise pas l’élaboration d’une vision systématique de la performance, il entend par contre générer, au fil des échanges engagés auprès des artistes et des lieux d’art sensibles à cette forme artistique, un cadre structurel qui se définit avant tout par son potentiel d’accueil et sa capacité d’écoute. Pensée non en opposition mais bien en marge du cadre institutionnel, une telle structure doit pouvoir rester réactive aux propositions des artistes, qui trouvent là un lieu d’expérimentation où hasarder de nouveaux scénarios. Ainsi chaque année, frasq se déploie sans a priori, à travers des formats et dans des lieux chaque fois différents. Faire circuler des projets, mettre en relation des démarches, des questionnements, des envies, frasq c’est accepter tacitement de prendre ensemble un risque, celui propre à tout processus créatif dont l’instabilité inhérente nous pousse à rester toujours en mouvement, en vie donc.

 

Pour cette deuxième édition, frasq s’ouvre à nouveau avec l’événement Nuit Blanche. A cette occasion, elle invite la NoGallery, un « organisme nomade » se reconfigurant à chaque opportunité qui lui est offerte de réunir des artistes en un lieu donné. Cette description pourrait rappeler celle d’un collectif curatorial, les initiateurs de la NoGallery se défendent pourtant d’une telle étiquette, se voyant plutôt comme les instigateurs d’une collaboration aventureuse avec un groupe d’artistes complices : une conception du commissariat qui n’est pas sans évoquer le projet même de frasq, et son engagement auprès des artistes.

 

Cette année, frasq se déploie également à travers la forme imprimée, dans le prolongement de la réflexion sur la partition amorcée à travers la publication frasq 09. Investiguer la partition c’est s’interroger sur la relation de la performance au document. Dans ce contexte, celui-ci a bien souvent pour vocation d’attester d’un événement artistique éphémère : c’est par lui que ce dernier perdure à travers le temps. Paradoxalement, sa postérité nécessite donc sa disparition en tant qu’évènement, et sa réapparition sous la forme d’un document. A travers le travail mené par les graphistes Grégory Ambos et Xavier Antin, accueillis en résidence durant les quatre semaines de la rencontre, il s’agira d’envisager d’autres relations au document, en se demandant : la performance peut-elle transformer le document en évènement, ou faire en sorte qu’une relation nouvelle se tisse entre eux ? Documenter, n’est-ce qu’un processus qui a pour conséquence l’effacement ou l’oubli de l’événement ?

 

Anne Dreyfus et Lore Gablier