Edito

Par la réaction souvent épidermique qu’elle suscite, la performance pénètre notre âme. Par le trouble émotionnel qu’elle provoque, elle nous traverse et saisit le corps, les yeux, l’ouïe, l’odorat, tous nos sens... Le fait d’y assister est comme l’acte semblable à celui de se rendre à l’église. Dans les deux cas, soit l’on en sort exaspéré ou soit ému, mais toujours régénéré. Parce qu’elle accorde une attention toute particulière à cette dimension sensorielle, la rencontre FRASQ incite chacun à prendre une part active dans la découverte d’une œuvre et l’expérience artistique. Consentante à l’échange (im)prévisible d’un dialogue entre l’artiste et le public et par son élan vital, la performance célèbre ainsi le passage du visible à l’immatériel...
Initié par le Générateur, FRASQ tente ainsi de l’élargir à tous ses champs possibles d’action, démultipliant ses modes de monstration et réactivant ainsi son versant critique et subversif. Forme d’art indisciplinée, faisant le choix de la vie plutôt que de l’illusion, la performance nous incite à questionner le monde tout en cristallisant de façon très directe les interrogations sur la nature et le sens même de la création contemporaine. FRASQ souligne à sa façon la frontière poreuse qui sépare l’art contemporain de l’univers des arts vivants, du théâtre, de la danse, ou encore de la musique.
Résolument à la périphérie, (nous sommes à Gentilly), délibérément à la marge (d’événements et de lieux parisiens), FRASQ affirme à travers sa 4ème édition son projet artistique et sa position dans une zone à (haut) risque : celle de l’expérimentation artistique comme principal credo (leitmotiv), celle du danger physique pris par chacun des artistes invités, celle d’un espace de réflexion sur la création actuelle. Que ce soit sous une forme métaphorique, métonymique ou concrète, les artistes de FRASQ 2012, en fervents observateurs de l’actualité, s’arrogent le temps de la rencontre le droit de déconstruire et outrepasser une (notre) vision occidentale de l’art et du monde.
Se jeter dans l’ère du néant. Juste se laisser couler, s’abandonner à cette vacuité, se laisser happer par le vide immatériel pour se perdre dans une expérience phénoménologique… La performance ne serait-elle pas à l’initiative d’un mouvement artistique précurseur soit celui d’un art volontairement immatériel qui ne produirait plus d’objets ? Brisant le miroir d’une existence conditionnée par la réalité matérielle, la performance plaide en faveur d’une société déchargée et guérie de ses objets naïvement sacralisés dont elle regorge et qui l’étouffent tant. Réaction viscérale, en l’attente de l’aveu d’une vérité, de l’ère de la désacralisation des œuvres d’art, les artistes y expriment leurs propres visions chaotiques du monde. Par cette entrée en matière, la rencontre FRASQ propose de percevoir ce futur apocalyptique à l’aune du présent. D’autant que l’origine hébraïque du mot apocalypse (niglu), induit l’idée d’une mise à nue, d’une révélation et de l’enlèvement du voile…

Anne Dreyfus et Marion Estimbre